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Qu'est-ce que la croissance

La croissance est-elle globalement synonyme de plus de bien-être ?

Cette interrogation est essentielle et pose de problème de l'optimalité de la croissance.
Les économistes sont les premiers à reconnaître que la croissance du revenu par tête ne peut être une fin en soi.
En effet si les individus devaient renoncer à consommer leurs revenus afin d'épargner et ainsi accumuler du capital
permettant de produire toujours plus de machines, la production augmenterait très certainement mais leurs besoins et leurs désirs ne seraient pas satisfaits.
On pense que la croissance désigne une augmentation continue de la quantité et de la qualité des biens et des services,
elle peut conduire à satisfaire plus de besoins et de désirs.
La question de l'optimalité du revenu par tête prend en compte ces antagonismes potentiels et renvoie alors moins au
niveau du revenu qu'aux conditions de vie appréhendée par la consommation moyenne.
Le module de croissance proposé par Robert Solow permet de montrer qu'il existe un sentier de croissance régulier qui maximise
le niveau de consommation par tête lorsque coup et gain en terme de consommation plus élevée s'égalisent : c'est à dire, lorsque la productivité marginale du capital, nette de la dépréciation du capital, est égale au taux de la croissance de l'économie : c'est le sentier de la règle d'or de Edmund Phelps (prix Nobel d'Economie en 2006).
Dès lors la question se pose sur le rôle de l'état dans le processus de la pérennité de cette croissance et de la règle
d'or.
La règle d'or identifie le niveau du capital et donc le taux d'épargne qui permet d'atteindre la consommation maximale,
une fois le sentier de croissance régulière atteint.
Si le niveau d'accumulation dépasse celui de la règle d'or, baisser le taux d'épargne conduit à augmenter le niveau de la
consommation à la fois dans la transition et sur le sentier de la croissance réguliere de la règle d'or, ce qui ne devrait pas remettre en cause le souhait d'atteindre ce sentier.
Partant en revanche d'un niveau de capital d'état stationnaire plus faible que celui de la règle d'or, l'augmentation du
taux d'épargne provoque un taux de croissance du capital supérieur à celui du long terme.
Les premières générations doivent ralentir leur consommation afin de soutenir cet effort d'accumulation. Or elles
n'accepteront pas forcément d'élever leur taux d'épargne afin que la consommation dans le futur, y compris peut être la leur, soit plus forte.
Tout dépend de leur préférence pour le présent de leur horizon de vie, de la façon dont elles valorisent le bien être de
leurs descendants, autrement dit de leurs degré d'altruisme intergénérationnel.
JM Keynes dans "La fin du laisser faire" écrivait : "l'important pour l'État, n'est pas de faire ce que les individus font
déjà et de le faire un peu mieux ou un peu plus mal, mais de faire ce que personne d'autre ne fait pour le moment".
Mais la corruption, le gaspillage, l'absence de stratégie, "les effets de démonstrations" qui font préférer la

consommation à l'épargne sont autant de facteurs qui entravent la règle d'or de la croissance.
A ce niveau la question du progrès n'est plus simplement économique, elle devient politique et morale.
Toute politique de croissance suppose le choix privilégiant le devenir de la communauté au détriment de la satisfaction de
certains intérêts particuliers.

 

Antoine Rossi